Cameroun :: Infrastructure :: La construction de la route Kalong-Tonga affecte le niveau de vie des populations à Makénéné

C’est l’exploitation d’une carrière dans le coin par l’entreprise chinoise Sinohydro qui explique la chute du niveau de vie de certains parmi la population.

Dans le cadre de la mise en œuvre du projet de construction de la route Kalong-Tona, sur financement de la banque africaine de développement (BAD), l’entreprise Sinohydro Corporation Limited, a entrepris de réhabiliter et d’exploiter la carrière de pierres située dans l’arrondissement de Makenéné, dans le département du Mbam et Inoubou. Le but ici est d’approvisionner le chantier en granulats de pierres. Seulement, l’exploitation de cette carrière a des conséquences désastreuses du point de vue social sur la localité de Makénéné puisque les artisans miniers qui y étaient installés, peinent désormais à gagner leur vie. « Par mois, chaque artisan-minier pouvait gagner entre 40 et 50 milles francs cfa. Dans certains cas, on pouvait atteindre 100 à 200 milles par mois. En ce moment, nous gagnons difficilement 20 milles francs par jour. Certains de nos enfants ne vont plus à l’école », explique Evariste Pya, l’un des 34 artisans miniers qui exploitaient la carrière. Bien plus, les conditions de déguerpissement n’ont pas permis à ces travailleurs de trouver un meilleur cadre de travail.

Installation mitigée

« Au moment où l’entreprise est arrivée pour la mise en valeur du site, certains de nos matériaux étaient encore surplace. Nous avons eu trois jours pour libérer le site », ajoute Evariste. « (…) Que chacun retire ce qu’il possède : graviers, moellons et autres. Ce que nous avons pu enlever a été enlevé, et ce qui est resté, est resté. Nous n’avons pas pu tout enlever. Certains ont été utilisés bien avant même que bon nombre d’artisans-miniers n’enlèvent leurs pierres », réitère le natif de Makénéné.

Un second artisan dénonce le jeu trouble de l’administration : « Au départ, le sous-préfet a été saisi. Il nous a fait savoir que, lorsque l’exploitation de la carrière va commencer, nous qui occupions le site, serions les premier à être embauchés ». Malheureusement, tel n’a pas été le cas. « Le sous-préfet nous avait demandé de faire une liste à lui remettre lorsque nous avons commencé à revendiquer notre recrutement. La procédure n’a pas abouti », conclut celui-ci.

Aujourd’hui, certains anciens travailleurs de la mines sont réduits quasiment à la misère ; ils sont contraints d’arpenter les alentours de la carrière à la quête de pitances qui rencontre le blocus des responsables de Sinohydro, apprend-on à Makénéné. « Nous forçons pour y travailler ; nous ramassons les moellons dans la savane, entre autres », fait-on savoir.

Hervé Ndombong

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Atchomi Aristide Narcisse, chargé de communication Dynamique participative de Makénéné pour le développement (Dypamak).

« Le processus conduisant à leur installation n’a pas été bien mené »

Aujourd’hui, quelle est la situation exacte des populations vivant dans le périmètre immédiat ou ayant été éloignées de la carrière, parlant du niveau de vie de celles –ci ?

Merci de nous avoir offerts vos colonnes pour nous permettre (Dypamak) de présenter la situation actuelle des conditions de vie des populations autour de la carrière. C’est depuis 2017 que l’entreprise Sinohydro s’est installée à Makénéné dans le cadre de la réhabilitation du tronçon routier Kalong-Tonga. Ils avaient choisi la carrière de pierres de Makénéné pour s’approvisionner en granulats. Le processus conduisant à leur installation n’a pas été bien mené, car les besoins des populations n’étaient pas pris en compte, ni par les autorités administratives ni par l’entreprise elle-même, conséquence les populations riveraines aujourd’hui broient du noir à l’exemple des artisans miniers qui avant l’installation de Sinohydro exploitaient cette carrière de pierres de manière artisanale pour subvenir à leurs besoins. Le tissu économique dans la localité a pris un coup surtout au niveau de l’offre en granulats pour des populations qui veulent se bâtir, puisque la carrière selon les autorités a été déclarée d’utilité publique, et avec ce statut la vente de pierres est interdite ce qui entraine un surcoût par ceux qui veulent se construire car il faut aller chercher les granulats dans les villes voisines. Certains habitants sont à la belle étoile car leurs maisons ont été détruites par les vibrations issues des tirs de la carrière et aucune solution adéquate ne leur a été proposée, pis encore le paysage dans lequel vivent ses populations a été modifié à cause des effets de pollution. L’entreprise n’a pas pris les mesures adéquates pour la gestion des déchets solides et liquides aux fins de préserver l’environnement. Dans le même temps Sinohydro pour ses travaux, prélève l’eau dans le seul cours d’eau du coin renforçant la pénibilité des populations à la recherche de l’eau pendant la saison sèche car ce cours tarit depuis l’installation de Sinohydro. Ce prélèvement n’est pas sans conséquence sur la qualité de l’eau de ce cours d’eau puisqu’il est de plus en plus pollué. Nous craignons une hausse des affections respiratoires et d’autres pathologies après le départ de Sinohydro

Qu’a fait Dypamak afin d’amener la société Sinohydro à respecter à respecter les prescriptions de la BAD en matière d’EIES, notamment pour ce qui de l’absence de mesures d’indemnisation, de compensation ou réinstallation adéquate des habitants agriculteurs et des artisans miniers ?

C’est l’occasion pour nous de rappeler que nous avions suivi ce projet depuis le processus d’installation de l’entreprise Sinohydro jusqu’à ce jour. Dès le mois d’Août 2017 nous avions saisi l’entreprise par correspondance pour leur signifier le non-respect de la réglementation que nous avions observé dans le processus d’indemnisation. Il faut le rappeler, ce processus était entaché d’irrégularités, aucune commission de constatation et d’évaluation des biens des victimes sur le périmètre de la carrière n’a été constituée, les indemnisations ont été faites à la tête des victimes, pis encore il y avait une opacité qui entourait la communication autour de ce projet. Après cette correspondance nous avions commis en octobre 2017 un rapport d’observation (il avait été envoyé à Sinohydro) sur le processus d’indemnisation, les plaintes des populations, et dans ce rapport nous recommandions à l’entreprise de prendre des mesures pour trouver des solutions aux récriminations des populations pour une paix sociale. En novembre 2017 et Avril 2018 nous avions pris part respectivement aux consultations (convoqué par le consultant chargé de l’étude d’impact environnemental et social) et audiences publiques (convoqué par le MINEPDED) au sortir desquelles nous préconisions une kyrielle de besoins des populations comme par exemple l’ouverture d’un tir à la carrière pour les artisans miniers afin de leur permettre de continuer leur activité, le bitumage de la route qui mène à la carrière, la construction des infrastructures sociales (forages..) et les réparations des torts causé à certaines personnes qui n’étaient pas indemnisées. En août 2018 nous avions mené une étude sur les droits sociaux et économiques des populations riveraines et la commune autour de la carrière de pierres de Makénéné et en 2021 nous avons commis une étude sur la revue sociale et environnementale des impacts de l’exploitation de la carrière de pierres par Sinohydro. Malgré toutes ces démarches, l’entreprise n’a jamais manifesté la volonté de nous rencontrer pour nous écouter, cela démontre une fois de plus le mépris de cette entreprise vis-à-vis des populations, et aussi il n’existe aucun cadre de dialogue entre l’entreprise, les populations et la société civile que nous sommes. N’étant pas une force de coercition mais de proposition, toutes ces actions et bien d’autres ont été ou sont menées dans le but de faire bénéficier aux populations les retombées de cette carrière mais nous sommes au regret de constater qu’au lieu que le niveau de vie des populations change c’est plutôt la misère qui s’y est installée.

De quels autres appuis ont bénéficié les populations riveraines afin de résoudre les problèmes urgents qui s’imposent à elles ?

La situation est alarmante, l’entreprise Sinohydro est dans sa tour d’ivoire, aucun dialogue avec les populations, ce qui a exacerbé ces dernières à barrer par deux fois la route qui mène à la carrière afin de se faire entendre. Malgré des rencontres à la suite de ces manifestations aucune solution concrète n’est implémentée à ce jour. Nous vivons un marché de dupe entre l’entreprise, l’autorité administrative et les populations.  C’est le lieu d’interpeller une fois de plus l’entreprise qu’elle respecte ses engagements qui sont consignés dans le plan de gestion environnementale et sociale (PGES).

Propos recueillis par H.N.

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