Discours à la Nation : L’environnement absent de l’allocution de Paul Biya

Pourtant les enjeux sont énormes pour le Cameroun. Le pays du bassin du Congo qui est en passe de devenir le premier poumon vert de la planète ; les effets des changements climatiques qui affectent le monde y sont perceptibles ; le pays de Paul Biya a récemment pris part à la Cop 26 et a d’ailleurs engrangé des gains financiers pour lutter contre le réchauffement brutal de la planète ; l’Etat duCameroun subit, comme les autres, les effets de cette transformation de la nature.

Rien n’a été malheureusement dit sur les enjeux environnementaux qui interpellent la planète encline au réchauffement climatique et aux mutations environnementales qui attestent de la dégradation du couvert végétal, lors de l’adresse à la Nation du président Paul Biya, le 31 décembre 2021. Le chef de l’Etat a plutôt mis un accent l’actualité politique, social-sanitaire, économique, culturelle et sportive, laissant ainsi de côté une question d’envergure mondiale et à laquelle le pays essaie d’apporter sa contribution, lui qui est confronté aux effets des changements climatiques et qui s’inscrit comme un acteur de premier en Afrique centrale.

Pourtant, ce sujet a toujours été inscrit dans les priorités du Cameroun. « Mon pays se réjouit de la tenue prochaine de la COP26 et de la Conférence de Stockholm+50. Nous apporterons notre soutien à la réussite de ces rencontres », a dit le chef de l’Etat dans son discours lu lors de 76ème Assemblée Générale des Nations par le Ministre des Relations Extérieures lors du Débat Général. Six ans plus tôt, le président a soutenu que « mon pays, le Cameroun, subit de plein fouet l’impact de ces modifications du climat », avait indiqué Paul dans sa déclaration en 2016 lors du Sommet mondial sur les changements climatiques organisé à Copenhague, au Danemark. Le chef de l’Etat camerounais l’a également réitéré à la tribune des Nations à l’occasion de sa 73ème Assemblées générales annuelles : « Pour l’Afrique, il existe deux défis majeurs. Tout d’abord, la dégradation de la forêt en cours en Afrique centrale. Gardons le bassin du Congo, le deuxième poumon terrestre » ; « Deuxièmement, la désertification du lac Tchad, qui se dessèche. Ce vaste bassin d’eau, essentiel pour la survie des communautés et de la biodiversité, a déjà perdu 90 % de sa superficie initiale. Gardons le lac Tchad ! », a dit le président Biya.

Une vue du bassin du Congo

Bassin du Congo

Le Cameroun est pourtant un acteur majeur de la lutte contre les changements climatiques en Afrique centrale, socle du bassin du Congo qui est en passe, à défaut de l’être officiellement, le premier poumon de la planète. Le ministre des forêts et de la faune (Minfof), président en exercice de la commission des forêts d’Afrique centrale (Comifac) l’a réitéré le 17 décembre 2021 à l’occasion d’une conférence de presse-bilan de la participation de l’institution à la 26ème conférence des parties à la convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques qui s’est tenue à Glasgow (COP26). La création de la Comifac avait effectivement pour but de répondre à cet impératif global, a soutenu Jules Doret Ndongo. « Le Cameroun a pris le flambeau en juillet 2019 à Yaoundé lors de la 9ème session ordinaire du Conseil des ministres de la Comifac pour un mandat de 2 ans. Normalement, notre mandat aurait dû s’achever au mois de juillet 2021. Mais à l’unanimité de mes pairs, il a été prorogé de quelques mois. Cette prorogation s’est justifiée par la ferme volonté de voir finaliser la position commune des pays d’Afrique centrale devant servir de base de négociation lors de la Cop 26 à Glasgow, mais également pour tous les sommets internationaux relatifs aux questions touchant à la forêt, à la faune, au climat et à l’environnement », a-t-il dit à cette occasion.

Au sortir de la Cop 26, le pays, à travers la Comifac, sera bénéficiaire des nombreux financements engrangés par l’institution sous-régionale. « Une autre annonce plus générale sur les forêts tropicales, y compris celles d’Afrique centrale, va concerner la mobilisation d’un montant de 1,7 milliards de dollars US comme appui aux peuples autochtones et communautés locales dans leurs efforts de protection des forêts tropicales », a dit Jules Doret Ndongo. Mieux, la Comifac a globalement obtenu un financement de 1066 milliards de fcfa pour la préservation et la gestion des forêts d’Afrique centrale. « Lors de la récente COP26, sous l’impulsion de la République Fédérale d’Allemagne, une dizaine de pays donateurs, l’Allemagne, la Belgique, la Corée du Sud, les Etats-Unis, la France, le Japon, la Norvège, les Pays Bas, le Royaume Uni de Grande Bretagne, la Suède, et deux organisations, l’Union Européenne et le Fonds Bezos, se sont positionnés pour une allocation financière de 1,5 milliards de dollars US, soit 983 milliards de fcfa en faveur des forêts d’Afrique centrale ; ce qui fait en l’espace d’un mois, une dotation totale de 1066 milliards de fcfa pour l’Afrique centrale », dixit Jules Doret Ndongo. En effet, « au cours du symposium de Berlin, les pays d’Afrique centrale ont bénéficié d’une dotation spéciale du gouvernement allemand de 125 millions d’euros, soit 83 milliards de fcfa pour saluer et encourager ces engagements communs », a rappelé le président en exercice de la Comifac.

Le Cameroun était à la Cop 26

CDN

En outre, les Etats se sont engagés à maintenir la température mondiale annuelle moyenne inférieure ou égale à 1,5°. Le Cameroun, dans ces efforts, a annoncé dans sa contribution déterminée au niveau national révisée (CDN), que le pays allait augmenter la capacité de stockage des forêts locales  en réduisant les émissions de gaz à effets de serre (GES) en passant de 32 à 35%. « Dans la première CDN, nous avons promis de réduire 33 millions de tonnes de carbone en 2035. Dans celle que nous avons validée il y a quelques jours à Yaoundé nous passons à 45 millions de tonnes en 2030. Non seulement la quantité de carbone a été augmenté mais nous avons réduit le temps de 3035 à 2030 », a récemment indiqué Timothée Kagombé, Point focal changements climatiques au ministère de l’Environnement de la Protection de Nature et du Développement Durable (MINEPDED) sur les ondes de la radio nationale, pour un budget de 28 milliards de fcfa.

Exploitation minière

Le Cameroun dans les crises environnementales

Face aux différentes menaces (érosions, inondations, glissements de terrain, actions anthropiques, etc.) qui pèsent sur l’environnement, le Cameroun a entrepris de mieux préserver la biodiversité du Cameroun. Les données qui viennent du ministère de l’Environnement, de la Protection de la nature et du développement durable (MINEPDED) précise qu’environ 10% des espèces végétales sont menacées d’extinction. 30% de pertes de mangroves ont été constatés dans les zones côtière et maritime. Sont en voie de disparition, 50% d’espèces végétales dans les points chauds sélectionnés des écosystèmes montagneux et forestiers. Les secteurs de production rurale (notamment l’agriculture et l’agro-industrie) et des infrastructures et énergie sont les plus concernés.

La plateforme nationale de politique scientifique sur la biodiversité et les services écosystémiques (SPBES) a par exemple organisé une session du 13 au 14 décembre 2021 à Mbankomo : l’objectif, selon son président, le Pr. Paul Tchawa, secrétaire général du MINEPDED, était de valider, avant la fin de l’année 2021, un document-boussole pour les chercheurs et/ou des décideurs.

En tant que partie à des conventions internationales, détenant l’un des plus importants massifs forestiers du Bassin du Congo, avec des forêts couvrant environ 45% du territoire national, il faut noter que 92% des écosystèmes d’Afrique et près de la moitié des espèces d’oiseaux et de mammifères s’y retrouvent. « La forêt de ce fait devient progressivement un patrimoine commun de l’humanité », et que « les questions forestières occuperont dans les années à venir une place prépondérante dans les agendas diplomatiques des Etats », rappelait encore le ministre Jules Doret Ndongo.

Hervé Ndombong

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